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Mouthwashing : le crash, c’était la partie facile

Buck Rogers par Buck Rogers,  email
 
Cela doit bien faire plus d’une année que je cherche l’occasion de parler du cauchemar spatial de Wrong Organ, à savoir Mouthwashing. Juste à titre personnel, c’est pour moi l'un des jeux d'horreur psychologique les plus dérangeants de ces dernières années. Édité par Critical Reflex, le jeu a déjà fait son petit bonhomme de chemin sur Steam depuis septembre 2024, et c’est peu dire qu’il a fortement été plébiscité par les fans du genre depuis.

Le pitch tient pourtant en quelques lignes : nous sommes à bord du Tulpar, un cargo spatial dont l'équipage de cinq personnes se retrouve condamné à la suite d'un crash. Les réserves alimentaires fondent comme neige au soleil, les perspectives de sauvetage sont inexistantes et l'électricité ne durera pas éternellement. Pour couronner le tout, le capitaine de l’équipage, Curly, est vivant, mais atrocement mutilé, incapable de parler ou de se déplacer. Oui, on est dans le charmant petit séjour.

Sauf que le véritable problème du Tulpar ne se résume pas à son état de délabrement. Non, il y a aussi les membres de l'équipage, leurs secrets, leurs rancœurs et leur capacité à transformer une situation déjà désespérée en quelque chose d'encore plus abject au départ. Parce qu'après tout, le vide spatial c'est surfait. Oui, l'enfer c'est les autres.

Et c’est là, la grande réussite de Mouthwashing, à savoir comprendre que l'horreur ne nécessite pas forcément un monstre derrière chaque porte ni un fusil à pompe pour se sentir en sécurité. Ici, l'angoisse naît d'abord de l'enfermement, de l'incertitude et de la dégradation progressive des relations humaines. Le jeu ne cherche pas à vous transformer en héros capable de sauver tout le monde. En fait, il préfère au contraire vous placer aux premières loges d'une catastrophe dont les conséquences semblent chaque fois de plus en plus difficiles à supporter.

Wrong Organ réussit à insuffler du malaise et du désespoir en jouant avec la chronologie, les perceptions et les ruptures de ton pour vous faire perdre progressivement vos repères. Ce que vous voyez ne constitue pas nécessairement une vérité fiable, et ce que vous apprenez ne fait pas forcément de vous quelqu'un de plus serein. Le récit se dévoile par fragments, en vous laissant le soin de relier les morceaux. Il faut observer les décors, écouter les personnages et accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. En cela, c’est une vraie réussite.


La narration environnementale donne une importance particulière aux espaces du Tulpar, où chaque couloir, chaque pièce et chaque détail visuel participent à la construction d'un malaise qui dépasse largement la simple peur de mourir dans l'espace. Le vaisseau devient une prison mentale autant que physique, et son équipage un petit échantillon de l'humanité dans ce qu'elle peut parfois avoir de plus pathétique et dérangeant.

Visuellement, le jeu adopte une esthétique low-poly dont les modèles anguleux, les couleurs agressives et les compositions parfois franchement cauchemardesques contribuent à créer une identité immédiatement reconnaissable. Cette direction artistique permet aussi de jouer sur le contraste entre la banalité apparente des lieux et les horreurs qui s'y déroulent. On est loin du cliché du couloir sombre éclairé par une lampe torche dont les piles sont miraculeusement toujours presque vides.

Mouthwashing n'est pas non plus un survival horror traditionnel, dans le sens où il ne faudra pas vous attendre à passer des heures à fouiller des tiroirs pour fabriquer des munitions, à résoudre des énigmes compliquées pour ouvrir une porte ou à dégommer des monstres en série. L'expérience privilégie grandement l'exploration, la narration et la mise en scène. Son intérêt repose beaucoup plus sur ce qu'il raconte et sur la manière dont il le fait plutôt que sur une succession de mécaniques de jeu sophistiquées.

Le titre est de ces expériences dont les révélations perdent beaucoup de leur force lorsqu'elles sont connues à l'avance. Alors, si vous aimez les récits qui vous laissent cogiter après le générique, les jeux qui prennent des risques narratifs et les ambiances capables de vous mettre profondément mal à l'aise sans vous balancer un cadavre au visage toutes les cinq minutes, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Et moi, je ne vous en dirai pas davantage.

Si vous avez survécu au pavé et que vous n’avez pas de PC, mais que vous êtes quand même intrigué par ce jeu, sachez que ce 29 octobre, le Tulpar ouvrira ses portes sur PS4, PS5, Xbox Series et Switch. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le jeu No, I'm not a Human, développé par Trioskaz, édité encore par Critical Reflex, déjà disponible sur Steam depuis septembre 2025, va lui également arriver sur PS5, Xbox Series et Switch, courant 2027. Là, pour en savoir plus, je vous renvoie tout simplement vers notre test. Il s’agit d’un titre à destination d’amateurs de huis clos, de mécanique de suspicion et d’atmosphère apocalyptique poisseuse.

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