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Vane : Haleine chargée d'alcool

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
Développeur / Editeur : Friend & Foe Games
Support : PS4
Tenez-le vous pour dit, les oiseaux ont un sérieux problème avec l'alcool. Je m'en doute déjà depuis quelques années, en fait depuis qu'un érudit me dise être incapable d'identifier un piaf parce qu'il n'était pas œnologue. Sous les plumes, le pinard. Ils ont beau jeu de se cacher derrière des arguments gastronomiques, de nous balancer que le vin n'est pas une boisson comme les autres, la vérité est plus simple : les oiseaux sont des alcooliques. Vous avez encore du mal à y croire ? Vane devrait vous ouvrir les yeux sur cette triste réalité du monde aviaire.
En bon borracho, Vane a commencé par arriver en retard à tous ses rendez-vous. C'est en 2014 qu'il a fait parler de lui la première fois depuis son studio tokyoïte de Friend & Foe. On aurait dû se douter de quelque chose quand on nous a présenté ses concepteurs comme des devs qui avaient de la bouteille et qui avaient bossé notamment sur The Last Guardian. En somme, le retard était sans doute endémique à leurs méthodes de travail. Bref, finalement il se rappelle à notre bon souvenir en fin d'année dernière pour une sortie sur les chapeaux de roue en janvier 2019. D'abord annoncé comme une exclusivité PC, c'est finalement sur PS4 qu'il s'est échoué dans un premier temps, mais il n'est pas exclu qu'il finisse par aller cuver son vin aussi sur nos ordis. Ça va, ça vient, on n'est jamais vraiment certains de savoir où et quand il va pointer le bout de son nez, c'est le premier signe qui aurait dû nous alerter sur l'état d'ébriété avancé de Vane.

Si vaine était notre attente...

Il faut reconnaître que si on a eu autant de mal à reconnaître les signaux alarmants, c'est aussi parce qu'on voulait y croire. Les premières images du jeu nous laissaient entrevoir une direction artistique aussi singulière que tranchée qui avait vraiment de la gueule. Imaginez donc, des étendues désertiques superbement désolées et des intérieurs glaçants de claustrophobie. Vane se la jouait grand ténébreux au regard sombre, le genre de taiseux dont on peine à sonder totalement la psyché tant elle est profonde et torturée. Et le tout semblait délivré sans ostentation, avec même un léger rendu low poly façon Ashen qui réussit assez bien à retranscrire l'aspect dévasté d'un décor.



Cerise sur le gâteau, cette dimension artistique est rehaussée par une bande son qui vous prend aux tripes. Ça passe par une attention toute particulière apportée à l'ambiance sonore, au souffle du vent qui se fait plus ou moins oppressant, aux piaillements des oiseaux qui alertent sur une direction à prendre, aux lourds coups de boutoir qui accompagnent certaines actions un peu spéciales... Et surtout il y a cette musique hypnotique et englobante, on dirait presque du Vangelis dont on aurait boosté les basses. De loin, le tout fait envie ; l'alcool aidant, Vane se permet quelques folies créatives. Certes, il a plutôt le vin triste, mais c'est un spleen qui donne envie d'être raconté, d'être exploré, de s'y engouffrer.

Ouvrir les vannes du cubi

Et puis, vient la prise en main. Là on se rend compte des ravages de l'alcool. C'est bien beau de laisser vagabonder son imagination, d'incarner un enfant qui peut se transformer en oiseau, à moins que ça ne soit l'inverse, mais encore faut-il s'en donner les moyens. Lâché dans le désert après une intro cataclysmique, au début on joue le jeu, on explore puisque c'est justement ce qu'on venait y chercher. Pas de directive ni de direction ? Même pas peur, on veut expérimenter l'ivresse d'être un volatile, on veut toucher ce sentiment grisant de liberté... Mais voilà, il faut bien reconnaître qu'on se traîne un peu. Là où un Journey arrivait à rendre ses promenades désertiques poétiques et envoûtantes, ici on marche plutôt avec des bottes de plomb et le vol est encore plus laborieux.



Il faut aussi s’accommoder d'une caméra qui cherche à fournir de jolis panoramas plutôt qu'à aider le joueur. Trop proche de l'oiseau en vol, ce qui cache totalement la vue et ne permet pas de se repérer facilement, elle sera au contraire souvent trop éloignée de l'enfant, rendant certains passages de plate forme inutilement compliqués. Ces sauts d'ailleurs, parlons-en : vu que votre personnage divague avec une certaine inertie, qu'il peine parfois à tenir sur ses béquilles, le moindre bond d'une corniche à l'autre peut devenir une épreuve. Alors bien sûr, les chutes ne sont pas mortelles, on se contente de se transformer en piaf, mais il faut alors retourner jusqu'à 'endroit qui vous permettra de reprendre forme humaine et recommencer tout le périple. Le jeu est court, mais ces aller-retour vont vous le rallonger plus sûrement que la quatrième bouteille commandée pour assurer votre after.

Vane nu-pieds

Vous vous dites encore que vous pourrez passer outre ces défauts, que si Vane vous rote un peu sa vinasse à la gueule, au moins il vous embarquera dans ses délires éthyliques et qu'il partagera avec vous un chouïa de son ébriété. Encore faut-il qu'il ait les moyens d'embarquer quelqu'un où que ce soit. Le problème c'est qu'il a réellement pris le verre de trop pour être en mesure de prendre la route. Perte de mémoire et de l'équilibre, mouvements erratiques, tremblements et incapacité à s'orienter, Vane a le delirium tremens plutôt sévère. Concrètement ça donne un framerate à la ramasse et des bugs en pagaille qui vont très régulièrement bloquer votre progression. J'ai par exemple été contraint de recommencer sept fois la même séquence à cause de six bugs totalement différents. Une fois c'était le personnage qui restait coincé dans le décor, une autre il marchait à l'horizontale, une autre fois encore il ne pouvait plus sauter, ou alors l'oiseau qui ne pouvait plus prendre de la hauteur en volant et était irrésistiblement attiré au sol...



Dernière goutte de vin venant s'échouer dans l'amphore pourtant déjà en train de déborder abondamment, le système de sauvegarde. Imaginons que le jeu soit exempt de bugs, il vous faudrait environ deux heures pour en voir le bout. Et bien, dans ce laps de temps, il vous faudra vous contenter de seulement quatre checkpoints. Certes, on ne peut pas mourir, mais on peut quand même se perdre, et surtout la plupart des bugs vous obligeront à relancer la dernière sauvegarde automatique. On parle bien de recommencer une demi heure de jeu non compressible parce que par exemple votre personnage décide d'un seul coup de ne plus sauter. Là clairement, le jeu n'est plus attendrissant du tout, on est vraiment en face d'un ivrogne lourdingue qui s'écroule tous les deux mètres et qu'il faut soutenir à bout de bras pour espérer lui soutirer une ou deux sorties vaguement lyriques. Oubliez les images romantiques du dieu vagabond ou du clochard céleste, Vane n'est plus qu'un sac à vin qui se traîne péniblement, reste à savoir si vous voulez écumer les caniveaux avec lui.

Vane a forcé sur la bouteille et tout ce qu'il a à nous proposer c'est une sévère nausée et un méchant mal de tête. À conseiller seulement si vous voulez connaître les joies de la gueule de bois sans passer par l'ivresse de l’enivrement.
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