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Syberia II

Netsabes par Netsabes,  email  @netsabes
À sa sortie en 2002, Syberia fut une excellente surprise : graphismes superbes, histoire intéressante et immersive, personnages attachants, un peu d'humour léger, des énigmes logiques, un design épatant... bref, du tout bon écrit et supervisé par Benoît Sokal, déjà auteur de L'Amerzone auparavant. Du coup, on attendait cette suite de pied ferme.

Si vous avez manqué le début


Dans Syberia, Kate Walker, fringante jeune avocate new-yorkaise aux dents longues et au chignon lâche, était envoyée en Europe pour faire signer à la famille Voralberg un contrat de rachat d'une usine d'automates. La brave Anna Voralberg étant décédée entre temps, Kate Walker dû se lancer à la poursuite du dernier héritier de la maison Voralberg : Hans. Celui-ci, attardé mental fasciné par les mammouths, génie de la mécanique au point d'avoir inventé de formidables machines et un automate parlant, Oscar, allait faire courir la belle jusqu'en Russie post-soviétique. Enfin, sur une glaciale jetée fouettée par les vents, le contrat fut signé. Mais au lieu de s'en retourner à sa petite vie faite de procès, de petits amis qui découchent et de bonnes copines adeptes de la succion, Kate, touchée par la passion du vieux bonhomme, décida de continuer l'aventure et de l'aider à atteindre la mythique Syberia, l'île des mammouths.






Partie de jambes en l'air avec Oscar.Hans abuse du rimmel, même dans ses rêves.Sorti vainqueur du combat, ce fier et grand fauve de la savane hurle sa joie.Pirates des Caraïbes.


Collection automne-hiver 2004


Syberia II débute juste là où Syberia se terminait, et, pour un temps, lui ressemble : le train qui emmène Kate Walker et Hans Voralberg s'arrête dans une nouvelle gare, dans la ville russe de Romansbourg. On est toujours en Russie, et on retrouve vite ses marques. De prime abord, on se croirait revenu deux ans en arrière : l'interface est identique au premier volume, les outils n'ont pas changé (y compris le pénible téléphone portable, qui sera tout de même bien moins utilisé cette fois-ci) et les personnages itou. Enfin, ça c'est pour la première impression. Pour les suivantes, ça se corse.



Histoire d'une déception


Une fois le jeu entamé, on va bien vite se rendre compte que l'aventure de Syberia II n'a plus grand rapport avec l'enquête menée dans Syberia : ici, l'histoire est enterrée sous une chape de neige, elle est réduite à néant par une succession de péripéties ridicules, abracadabrantesques, qui sont tenues par des ficelles à chaque fois plus grossières. On ne rentrera pas trop dans les détails, mais pour donner un exemple (bête) : Kate a besoin de se rendre rapidement au train, où Hans a été pris en otage par deux malfrats (il se trouve à quelques centaines de mètres, mais passons). Hop, surprise, l'avion qu'on avait envoyé dans l'espace au milieu du premier opus revient sur Terre pile au bon moment et atterrit derechef à moins de 100 mètres de Kate. La jeune femme devrait jouer au loto.

Il serait trop beau que cette simplification terrible épargne les personnages : si dans le premier épisode on avait droit à des personnages intéressants, ouverts, un peu mystérieux et rarement manichéens (le seul « méchant » du jeu était fasciné par la musique et un peu fou-fou, on a vu pire génie du mal), on a cette fois-ci affaire à des gentils très gentils et très cons et à des méchants très méchants (et tout aussi cons). À vrai dire, les seuls personnages attachants sont les rares seconds rôles, notamment ceux de Romansbourg. Même Oscar, l'automate machiniste, voit son rôle considérablement réduit, alors même qu'il était d'une importance de tout premier ordre dans Syberia. Ici, il n'est plus vraiment un personnage, il sert purement d'outil.



N'y voyez aucun symbole phallique.Malgré un marché porteur, Hans n'a bizarrement jamais trouvé de client pour son caténaire à bec.Pour pouvoir regarder Roland-Garros, les mammouths ont obtenu de la copropriété l'installation de cette parabole.Le jeu n'est donc presque pas buggé.


Comment je me suis emmerdé (ma vie vidéoludique)


Dès lors, avec ces personnages ridicules et ce scénario réduit au strict minimum (aller à Syberia, lutter contre les vilains, zou), comment se passionner pour l'aventure, comment rentrer dans le jeu ? Et en effet, il sera bien difficile de se motiver pour le terminer, ce Syberia II. Il n'y a guère que les énigmes ridiculement simplistes (la progression n'est ponctuée que par quelques puzzles sans grand intérêt, à la résolution parfois hasardeuse et le plus souvent capillotractée) pour nous simplifier la tâche. Même les bons mots ont disparu, bon sang de bois !

Qui plus est, en plus d'une histoire de base pas bien brillante (et peut-être pour en pallier les faiblesses) a été ajoutée une histoire parallèle, racontée par le biais de scènes cinématiques : le cabinet d'avocats de Kate Walker engage un détective pour la retrouver et la ramener. Soit. Mais maismaismais, il est difficilement acceptable de voir le camarade détective effectuer en moins d'une journée le trajet que Kate Walker a mis, de son propre aveu, plusieurs semaines à réaliser. Qu'une histoire parallèle vienne rehausser l'histoire principale, pourquoi pas, mais alors qu'elle soit de meilleure qualité ! On est bien loin du scénario aux petits oignons du premier Syberia, où tout avait sa place, où tout correspondait.

Il faut tout de même souligner que l'on retrouve brièvement l'ambiance de Syberia dans le village youkol, à l'approche de la fin du jeu. Hélas, trois fois hélas, ce ne sera que pour retomber de plus belle dans le ridicule avec une fin qui ne l'est pas moins (attention au pingouin mangeur d'homme !).



Les experts


Malgré ses si nombreuses différences avec son prédécesseur, Syberia II est destiné à ceux qui ont pu jouer au premier épisode. Quant à ceux qui n'y ont pas joué, ils se demanderont bien ce qu'ils sont venus faire dans cette galère : il n'y a qu'un lapidaire résumé en vidéo du premier volet de l'aventure, et il n'explique pas grand chose. Un débutant sera par exemple en droit de se demander pourquoi l'une des toutes premières actions à effectuer dans le jeu est de remonter le train mécanique qui embarque nos glorieux héros.





Mal de l'air.Sans doute le puzzle le moins con du jeu.Oui, c'est un peu grand, là.N'y voyez...


Vente à la criée du lot 2


Tout n'est pas si négatif dans Syberia II, on peut tout de même lui trouver quelques bons points. Le premier d'entre eux, et il est appréciable, est que le jeu n'est presque pas buggé. Autre bonne nouvelle, elle aussi de taille, le doublage est assez réussi. Côté graphismes, ils sont toujours de qualité, c'est appréciable. Les quelques améliorations annoncées sont mineures (la possibilité de voir Kate se refléter dans les flaques d'eaux... super), et les personnages sont eux par contre toujours assez laids. Il est un peu dommage de voir que certains personnages (celui d'Hans, par exemple) se traînent toujours avec une poignée de polygones et des textures floues. Là encore, les seconds rôles sont généralement plus réussis, mieux animés et plus expressifs.

L'ambiance du jeu est différente : de villes mortes (ou presque), on passe désormais à des villes un peu plus peuplées, où moult habitants vaquent à leurs occupations. Même les passages dans la nature sont moins morts qu'on pourrait s'y attendre. Part importante de l'ambiance globale, la musique est réussie... mais moins que celle du premier. Inon Zur, qui a pris la relève pour Syberia II, a fait des compositions correctes, mais parfois bien repompées ailleurs (on reconnaîtra par exemple ici ou là des morceaux bien proches de la bande-son de Mononoke Hime, réalisée par Joe Hisaichi).

L'auteur de ces lignes avait trouvé le premier Syberia formidable, il lui avait consacré un test dithyrambique ponctué d'un 16/20. La déception n'en fut donc que plus grande : presque tout ce qui faisait le charme profond de Syberia (la poésie, les inventions, l'histoire, les personnages, le mystère) s'est envolé dans Syberia II, et nos illusions avec. Syberia II marque la fin de l'histoire débutée dans Syberia, et on aurait préféré que ça s'arrête à mi-chemin.

SCREENSHOTS

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