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Outskirts : Voir saoul les shmup défiler

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
Développeur / Editeur : Rezo Zero
Supports : PC / Mac / Linux
Quand on a un anglais approximatif et l'esprit mal tourné, on peut s'imaginer que Outskirts fait référence à une pratique vicelarde pas toujours très respectueuse. Rassurez-vous, pas de voyeurs dans les environs, il s'agit plutôt de désigner tout ce qui est périphérique. Ça tombe bien puisque c'est ici le titre d'un shoot'em up minimaliste qui se propose de nous faire joyeusement tourner en rond.
Quand on ne s'y intéresse pas trop, on peut avoir l'impression que le shoot'em up est un genre un peu vieillot et sclérosé qui prend tranquillement la poussière. Et pourtant, même si régulièrement certains jettent l'éponge, le shmup peut encore compter sur une scène riche qui ne cesse de tester de nouvelles formules et de réinterpréter ses classiques. C'est aussi un genre dans lequel le minimalisme n'est pas synonyme de paresse, il aboutit parfois au contraire à une certaine pureté et à une lisibilité fort appréciables. Dans le cas de Outskirts par exemple, on a affaire à un projet étudiant simple mais séduisant signé Maxime Constantinian, qui a réussi à prendre son envol grâce à l'appui de Rezo Zero, un petit studio lyonnais pas forcément spécialisé dans le jeu vidéo.

En tube de gouache

Sur le papier, Outskirts n'a pas l'air de proposer grand chose d'original. Il s'inspire des tube shooters en limitant son action à un disque sur lequel les ennemis vont systématiquement apparaître au centre et progressivement grossir en s'approchant du cercle extérieur, imitant par là un effet de perspective. Mais à la différence d'un Tempest ou d'un Gyruss, les déplacements du vaisseau ne se limitent pas ici au périmètre du terrain de jeu, il est possible de jouer sur la profondeur en avançant et en reculant dans le tube.



Le second principe de base a lui aussi un petit air de déjà-vu : la plupart des ennemis sont déclinés en trois couleurs, violet, jaune et turquoise, et le vaisseau peut lui aussi switcher entre ces trois teintes. Le fait d'arborer la même couleur qu'une boulette ennemie permettra de l'absorber au lieu de prendre un dégât. Assez logiquement nos propres tirs seront moins efficaces contre un adversaire de la même couleur que nous, mais en contrepartie cela va tranquillement remplir des jauges sur le côté. Ce n'est pas franchement une mécanique nouvelle, on pense à une ribambelle de titres, à commencer bien entendu par Ikaruga mais aussi plus récemment à Pawarumi.



Bref, pour l'instant on pourrait croire qu'il n'y a rien de bien neuf sous le soleil mais quelques touches personnelles viennent relever la recette, à commencer par le fait que le vaisseau ne se déplace à pleine vitesse que lorsqu'il ouvre le feu. Arrêter de tirer permet ainsi d'enclencher une sorte de bullet time pendant lequel les ennemis sont aussi ralentis et qui permet de choisir plus ou moins sereinement quelle couleur revêtir. Toutefois attention, il reste plus pratique d'utiliser les raccourcis pour passer d'une teinte à l'autre, la vraie fonction de ce temps quasi-mort est bien plutôt d'analyser la situation et de jeter un œil aux différentes jauges et à l'avancée des combos.

The Rainbow Warrior strikes back

Le fait d'absorber les projectiles de la bonne couleur n'a pas seulement une fonction défensive, ça va aussi remplir les trois jauges situées à gauche de l'écran bien plus rapidement qu'en dégommant les adversaires. Ces fameuses réserves sont mises à partie quand on bombe : la taille de l'explosion et le fait d'impacter ou non les ennemis de telle ou telle couleur va directement dépendre du taux de remplissage de ces trois barres. Des jauges qui ont aussi d'autres utilités, elles permettent ainsi de déclencher des attaques spéciales différentes, mais là on s'aventure du côté de la part de mystère que conserve Outskirts même une fois qu'on en a vu le bout...



Pour comprendre les origines de cette confusion, il faut encore préciser que le jeu repose sur un système de combos assez original : il garde en mémoire, par lots de trois, la couleur des derniers ennemis vaincus, on démarre donc une nouvelle séquence à chaque fois qu'on a abattu trois adversaires. Si ces derniers sont tous jaunes par exemple, le score et le multiplicateur vont avoir droit à un petit boost. Là où ça se corse, c'est que le jeu garde aussi en mémoire les trois derniers combos et, en fonction de la combinaison ainsi créée, vous allez pouvoir parfois déclencher des super combos aux effets variés.



C'est là que les choses se compliquent sérieusement : si survivre face à un déluge de boulettes multicolores ne vous semble pas assez corsé, vous aurez déjà assez de mal à essayer de faire vos pauvres petits combos pour améliorer votre score sans avoir à vous soucier en plus d'un système de super combos pour le moins obscur. Au petit bonheur la chance, vous allez forcément en déclencher quelques uns de temps en temps, peignant par exemple tous les ennemis de la même couleur, améliorant votre résistance ou votre puissance de feu. Mais franchement, pris dans l'action, il faut être un véritable ordinateur sur pattes pour établir un rapport de cause à effet entre ces différents bonus et la façon dont vous avez enchaîné vos frags.

Chaque routine a besoin d'être ébranlée

Vous vous sentez d'attaque pour décrypter ces mystérieux mécanismes ? Il faut d'abord bien savoir quelle type de difficulté vous posera Outskirts : certes le jeu s'inspire des danmaku en remplissant parfois allégrement l'écran, mais le plus dur finalement tient au fait qu'il vous oblige à tout réapprendre et vous bouscule dans vos habitudes de joueur de shmup. Ça commence tout bêtement avec le fait qu'il soit davantage optimisé pour une maniabilité clavier/souris, avec trois raccourcis pour les couleurs et le pointeur pour se déplacer, que pour une prise en main plus classique au stick. Ensuite, il faut réussir à gérer le bullet time pour analyser la situation, ces décrochages de rythme sont tout sauf habituels et il faut un certain entraînement pour s'y faire.



En un mot c'est dur, c'est même un peu désespérant au début. Chacun des six niveaux fonctionne pourtant un peu de la même façon en commençant par nous présenter quelques nouveaux types d'ennemis, puis en intensifiant les vagues, et enfin en terminant sur un boss bien énervé qui recycle généralement les mécaniques introduites dans le niveau en question. C'est plutôt efficace même si on peut reprocher à la difficulté de ne pas être tout à fait progressive, le troisième boss pour ne pas le nommer représentant par exemple un obstacle bien plus ardu que ses successeurs. De toutes façons on en bave, et la seule chose qui nous empêche d'avaler notre chapeau et qui nous pousse à continuer, c'est l'élégance de ce jeu.



Outskirts n'essaie pas de nous en mettre plein les yeux et pourtant il est incroyablement beau. Il se contente de nous balancer quelques formes et trois couleurs mais il le fait avec un style fou. Prenez le vaisseau par exemple, il va petit à petit perdre en taille à chaque fois qu'il reçoit un dégât, une façon à la fois discrète et esthétique de nous indiquer son état de santé. Et puis pas la peine de vous le cacher plus longtemps, c'est aussi la bande-son qui va réellement porter vos parties. À la composition on retrouve quelqu'un que vous connaissez peut-être déjà, Valentin Ducloux s'est en effet illustré en produisant des séries documentaires pour Jeuxvideo.com puis Gamekult avec After Bit et Behind the Screen. Ici il nous livre une OST toute douce (disponible sur bandcamp) qui retravaille constamment le même thème mais en lui donnant une couleur propre à chaque niveau et en laissant aussi une place aux différents feedbacks sonores pour qu'ils viennent l'enrichir. Le résultat est proprement envoûtant et contribue pour une bonne part à l'aspect hypnotique de Outskirts. Bref, malgré les déculottées à répétition, on y revient avec plaisir et c'est finalement sans doute le plus important.

Outskirts est un faux trip rétro. Si vous pensiez y retrouver de vieilles recettes à peine mises au goût du jour, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Au contraire, il se propose de bousculer nos habitudes, et il le fait avec une telle élégance qu'on préfère lui tirer notre chapeau plutôt que de l'avaler tout rond.
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