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Orwell : Même sans gag, t'as George qui nous prouve encore sa profondeur

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
Développeur / Editeur : Osmotic Studios Surprise Attack
Supports : PC / Mac / Linux
Des grands frères, il y en a de toutes sortes. Il y a celui qui fait de la gonflette et qui essaye d’impressionner les gamins désœuvrés en jouant au caïd devant les caméras, et il y a celui qui reste sagement de l'autre côté de l'écran à scruter le moindre de nos gestes histoire de vérifier qu'on ne s'écarte pas du droit chemin. Si on a l’habitude dans les jeux de croiser des montagnes de muscles qui relèvent plutôt de la première catégorie, Orwell joue l'originalité en nous mettant dans la peau d'un défenseur de l'ordre public qui ne sort pas les fesses de sa chaise.

Big Brother à la mode tayloriste


La Nation n'est pas très différente de notre société : on y retrouve des médias un peu paumés quelque part entre la futilité du quotidien et la prise en compte des déséquilibres mondiaux, des réseaux sociaux qui débordent d'informations personnelles et une certaine obsession sécuritaire. La pincée d'anticipation tient à l’existence d'un programme de surveillance global très organisé, Orwell. Celui-ci fait appel à des opérateurs situés en dehors du territoire, ils sont chargés de faire la chasse aux données concernant toute personne suspecte, puis de les compiler pour que les autorités de ce fameux pays pas si imaginaire puissent se charger des contrevenants. Vous l'avez compris, vous êtes l'un de ces fameux opérateurs et vous inspectez la vie des citoyens de cet état à travers la fenêtre que constitue Orwell.



Ce principe de mener une enquête par le seul biais d'une interface informatique fait forcément penser à Her Story, pourtant Orwell diffère de ce dernier en cela qu'il vous place d'emblée dans l'actualité chaude. En l’occurrence, vous prenez vos fonctions juste après un attentat et vous réalisez vos investigations dans un pseudo temps réel. Pour trouver les fameuses données permettant de faire progresser l'enquête, vous serez amené à consulter de fausses pages web, mais aussi à éplucher les réseaux sociaux, à intercepter des conversations privées, voire à pénétrer dans quelques machines pour y jeter un coup d’œil indiscret. Concrètement les informations que vous pouvez transmettre sont surlignées et vous pouvez difficilement passer à côté, votre boulot n'est pas vraiment de les trouver, mais plutôt de trier celles qui méritent ou non d'être ajoutées au dossier.



Le système d'Orwell se base sur une stricte division des tâches. En nous mettant dans les bottes d'un modeste opérateur, le but est clairement de nous dépeindre le mécanisme par le petit bout de la lorgnette, de nous donner l'impression d'être un simple rouage. Le procédé vous semble discutable parce qu'il vous incite à explorer de manière intrusive l'intimité de citoyens dont la conduite n'est pas délictueuse ? Vous pouvez toujours vous retrancher derrière le donneur d'ordre, dans le fond vous ne faites qu'appliquer les consignes. C'est une démarche qui a souvent été comparée à celle de Papers Please qui nous mettait déjà dans la peau d'un malheureux fonctionnaire forcé de conjuguer avec les consignes d'un pouvoir totalitaire. À y regarder d'un peu plus près, les deux titres diffèrent pourtant sur de nombreux points : Orwell est presque dénué de challenge à proprement parler, il dépeint une situation bien plus proche de notre réalité et surtout il ne passe pas par l'humour pour nous délivrer son message.

Défense d'en rire

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Orwell n'est pas un jeu très rigolo. Le principe de base de son gameplay revient à lire une foule de documents et de conversations (toujours en anglais, le titre n'étant pas traduit) et à faire un simple glisser-déposer vers la fenêtre de gauche des élément qui semblent intéressants dans le cadre de l'enquête. Le jeu simule un emploi de bureau particulièrement répétitif et laissant peu de place à l'évasion. Pour faire court, c'est un job chiant et pas gratifiant. Heureusement, ce procédé austère est relégué au second plan et on est vite pris par le fil des événements. Le scénario emprunte de grosses ficelles, on nous tend des perches parfois trop évidentes, et pourtant on se laisse surprendre par les quelques révélations qui viennent rythmer nos investigations.



Si l'intrigue aura le mérite de flatter le détective qui sommeille en vous depuis vous avez refermé votre dernier tome du Club des cinq, on peut quand même lui reprocher de se prendre méchamment au sérieux. Ici pas de blague potache ni de petits secrets franchement scabreux. Au mieux, glissées dans les actualités, on a droit à quelques brèves qui se veulent ironiques. C'est dommage, un brin de légèreté nous aurait permis de respirer un peu, mais visiblement ce n'est pas au programme. Car oui, Orwell a un programme, il a un message à transmettre à son joueur et il compte faire en sorte que ce dernier ne s'éparpille pas trop.



Autant vous l'avouer, Orwell peut se montrer un peu lourdingue. Il suffit de lire son titre pour comprendre qu'il s'agit d'un manifeste contre les dérives du tout-surveillance et pour la défense de la confidentialité des données personnelles. Bref, on sait d’emblée là où il veut nous mener, et il y a même de grandes chances qu'on soit déjà sensibilisé à ce genre de problématique à partir du moment où on choisit de se lancer dans un jeu pareil. On pouvait donc s'attendre à ce que les quatre petites heures nécessaires pour boucler l'aventure ressemblent à un festival de portes ouvertes enfoncées mais il n'en est rien. Finalement l'intrigue sait se montrer plus intelligente qu'il n'y paraît au premier abord et soulève même des questions intéressantes sur la gestions des données à grande échelle et sur les façons de préserver son intimité. En somme, Orwell tape assez juste dans sa façon de réactualiser le mythe du Big Brother, et c'est précisément tout ce qu'on pouvait attendre de lui.

Orwell c'est un peu le pote relou qui vous accoste en soirée pour vous rabattre les oreilles de sujets aussi joyeux que les crises géopolitiques mondiales ou le changement climatique. C'est certainement pas avec lui que vous allez passer le moment le plus fendard, mais si vous prenez le temps de discuter, de vous rendre compte que ses arguments tiennent plutôt la route, il pourra peut-être vous permettre d'élargir votre vision du monde.
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