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Killer is Dead

kimo par kimo,  email
 
Qu’il soit considéré comme un imposteur intellectuel ou comme un producteur de génie, Suda51 fait toute de même partie de ces personnalités dont chaque nouveau jeu suscite la curiosité. Pourtant, les dernières productions du Tarantino vidéo-ludique n’ont pas franchement convaincues (à l’exception peut-être de Sine Mora), et ce ne sont pas les aperçus de son nouveau jeu, Killer is Dead qui nous ont rassuré sur l'éventuel retour en grâce du créateur de No More Heroes. Alors, impressions confirmées ?

Licencié pour tuer

Mondo Zappa est un jeune tueur aux dents longues, embauché par la Brian Execution Firm pour assassiner, sous contrats, divers démons. La douzaine de missions proposée par le jeu vous amènera à découper du criminel aux quatre coins du monde - et même sur la lune – et à séduire de belles pépés sans vous départir de votre flegme légendaire. Dans cet étrange croisement entre James Bond et Cowboy Bebop, se niche un beat-em all dans la plus pure tradition Suda51 : au programme donc, mélange des genres et des cultures, fascination pour les esthétiques bis, la culture populaire et la philosophie de comptoir, hectolitres de sang et femmes affolantes.

Il faut bien reconnaître que le jeu a du caractère. Son esthétique too much et sa ringardise qui se prend au sérieux fonctionnent généralement bien. Les cibles de Mondo sont très inspirées, aussi bien en ce qui concerne leur histoire que leur caractère et leur design. Le premier vrainiveau est d’ailleurs exemplaire, bien qu’extrêmement court. Tout s’y marie à la perfection : étrangeté des objets et absurdité des mécanismes de progression, architecture déconstruite et motifs trompe-l’œil et enfin, en bossfinal, une jeune femme transformée en monstre à jambes galbées que le joueur doit trancher une à une. Violent et intense après une introduction plutôt longuette, on se dit que le jeu en vaut peut-être la chandelle.

Malheureusement la qualité n’est pas toujours aussi remarquable. Les missions qui suivent ont du caractère, mais le level-design peine à en concrétiser les ambitions. On se retrouve parfois dans des niveaux désaffectés, où quelques bonnes idées côtoient des enfilades de couloirs pas très inspirées. L’absence de cohérence finit par plomber le rythme et l’enthousiasme généré par les quelques géniales trouvailles. Certains passages – heureusement uniques – sont carrément imbuvables, comme les séquences de conduite ou de tourelle. Dans un jeu où le héro a un sabre... vraiment ?

Dressé pour tuer

Heureusement, les combats en eux-même sont loin d’être désagréables. Vifs et furieux, le sentiment de puissance y est palpable. Ils fonctionnent sur un système dynamique de gardes et de contre-attaques facile à maîtriser tout en offrant une petite marge de progression. Le jeu favorise ainsi la mobilité et récompense la technique par des ressources bonus à dépenser pour améliorer son personnage. Votre bras peut se transformer en quatre armes différentes, mais la rapidité des combats ne privilégie pas vraiment leur usage, si ce n’est dans des cas très spécifiques. A cette couche de matraquage intensif s’ajoute une petite dose de gestion de ressources, puisque chaque coup porté vous permet d’accumuler du sang, qui sert non seulement à tirer avec votre bras ou à vous soigner, mais aussi à trancher directement vos ennemis pour peu qu’ils n’aient plus d’armure ou soient étourdis. Les ennemis en eux-même ne sont pas forcément très variés, mais en les mélangeant correctement, le jeu arrive à rendre ses affrontements intéressants quoique parfois brouillons. Au joueur de choisir ses cibles et de gérer ses ressources avec intelligence pour en venir à bout.

Les niveaux ne sont pas immenses et font généralement figure d’apéritifs, car ce sont les combats contre les boss qui constituent le gros du jeu. Ils ne sont pas forcément des plus variés, mais certains se révèlent techniques, surtout dans les niveaux de difficulté les plus élevés (qu’on vous conseille au passage pour vraiment apprécier l’aspect tactique des combats). A côté des contrats, il y a aussi des missions secondaires qui vous proposent de revisiter d'anciens niveaux modifiés pour accueillir de nouveaux objectifs. Même si certaines sont malheureusement centrées sur la conduite et l’usage des tourelles, la plupart proposent des objectifs variés à défaut d'être toujours amusants. Enfin, reste le petit jeu de drague, qui vous permettra de « séduire » trois femmes en les matant discrètement pour débloquer des armes, puis des bonus. Ce n'est pas passionnant et seuls les défis de l’infirmière Scarlett, qui impliquent de se battre en arène sous certaines conditions, vous tiendront en haleine. Plutôt court, le jeu permet heureusement à la fin de rejouer toutes les missions sans tout recommencer. La seule réelle motivation étant alors d’améliorer son score ou de gagner de l’argent pour acheter un nouveau costume.

Me tuant doucement

Au final, Killer is Dead laisse un sentiment d’inabouti. Son univers bis, qui mêle dans un grand bain référentiel l'écolière hystérique japonaise au clone d’Audrey Hepburn le rend indéniablement sympathique, mais le problème, c’est que le jeu en fait trop. Entre ses blagues métas qui tombent à plat et son second degré démonstratif, on décroche quelques sourires pour la forme, mais on a un peu l’impression d’assister à une surcompensation humoristique pour cause de manque d’inspiration.

Il faut dire que No More Heroes avait déjà digéré tout entière la culture gamerpour la recracher dans un joyeux mélange foutraque qui relevait autant du clin d'œil au joueur que du pied-de-nez à son encontre. Killer is Dead navigue lui entre le nanard post-moderne assumé et la boursouflure prétentieuse qui ne sait plus trop où elle va. Il recèle bien quelques moments très réussis - les micro-histoires des épisodes et les bossallument parfois l’étincelle - mais le tout manque finalement soit d’audace, soit de consistance, à l’image du mode gigolo sur la corde raide entre kitsch assumé rigolo et mauvais goût inoffensif (là où No More Heroes se révélait bien plus incisif dans la mise en scène de la sexualité grotesque et vulgaire du joueur). Son système de combat aurait pu lui sauver la mise, mais son level-design approximatif et le peu de variété des situations lui nuisent trop pour qu’il fasse vraiment la différence.
Il faut le reconnaître, malgré son capital sympathie, Killer is Dead reste un jeu globalement médiocre. Il ressemble parfois plus à un ramassis d’idées et d’envies maladroitement assemblées qu’à un objet réellement cohérent. Si le foutraque No More Heroes, souffrant des mêmes problèmes, pouvait prétendre au statut de diamant brut, Killer is Dead aurait eu besoin d’un peu plus de travail pour vraiment briller. Alors certes, on a quand même envie d’y jouer pour y trouver ces quelques petits plaisirs ponctuels qui parsèment le jeu, mais on sera plus souvent déçus et frustrés que réellement enthousiastes.
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