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TEST

Galleon

snoopers par snoopers,  email
Galleon… Tenir le boîtier du jeu entre les mains provoque de drôles de sensations, après un développement long de plus de quatre ans et des rebondissements dignes d’un mauvais épisode de Dallas. Initialement prévu sur Dreamcast, Galleon s’est d’abord échoué sur Gamecube avant de définitivement migrer sur Xbox. Une équipe plus que réduite, un budget ras la ceinture et un éditeur en difficulté n’auront pas aidé le p’tit Toby Gard à mener son bateau à bon port, mais finalement nous y voilà. Chronique d’un jeu en retard.

« Tu vois, c’est un peu comme Tomb Raider, mais sans les seins… »



Toby Gard… L’évocation de ce nom suffit souvent à emplir les esprits d’images agréables, toutes en courbes généreuses et en reliefs rebondis. En effet, ce type n’est rien de moins que le papa de Lara Croft, et ça quelque part, c’est quand même un peu la classe. Mais la fillette devenant un tantinet envahissante, Toby plaque tout pour fonder Cofounding Factory, petit studio de développement au destin funeste puisqu’il vient à peine de fermer ses portes, à peine un mois après la sortie de Galleon. Cela en valait-il peine ? Peut-être bien…


Galleon se présente comme un jeu d’exploration-aventure dans la veine des premiers Tomb Raider, mais ne partez pas tout de suite, c’est quand même vachement mieux ! Les développeurs ne se sont en effet pas contentés de recycler de vieilles recettes éculées, et Galleon est doté d’un gameplay bien à lui. Tout d’abord, il faut savoir que la maniabilité en elle même est fondamentalement différente de tout ce que l’on a pu voir jusqu’ici en matière de plate-forme 3D. Ici, le joueur ne dirige pas directement le personnage mais la camera, accessible via le stick analogique gauche, et c’est à l’IA du personnage de faire le reste. En effet, l’idée est qu’ici les personnages sont « conscients » de l’espace qui les entoure. Je sais, ça fait très communiqué de presse multimédia pouet-pouet, mais c’est assez compliqué à expliquer en fait… Bon, fermez les yeux et imaginez que vous ayez le contrôle d’un aveugle, et que ce dernier se trouve devant un gouffre, dont les deux bords ne sont reliés que par un pont de fortune constitué d’une planche en bois. Vous dites à l’aveugle « avance et traverse le pont ». Le pauvre va avancer tout droit et s’écraser au fond de l’abyme, comme un con d’aveugle. Ca, ça représente la totalité des jeux d’action 3D existants. Maintenant, imaginez la même scène, mais avec une personne dotée d’yeux fonctionnels. Le mec va avancer, repérer le pont, marcher lentement sur la planche et traverser le gouffre sans encombres, sans que vous n’ayez d’autre chose à lui dire que « traverse le pont ». ben ça, c’est Galleon. Vous comprenez maintenant ? Imaginez maintenant ce genre de système implanté dans un Tomb Raider, et ses conséquences sur, par hasard, les sauts millimètrés… Vous commencez à comprendre ? De cette ingénieuse idée résulte une camera proprement parfaite, et une jouabilité instinctive et surtout très libre : votre héros peut courir, nager, grimper sur n’importe quelle surfaces rocailleuses, sauter extrêmement haut… Jouer à Galleon, c’est être libre de faire ce que l’on veut de son personnage et d’aller ou l’on veut, tout cela via une jouabilité des plus ergonomique. Ce qui n’était pas couru d’avance pour un Tomb-Like.



Un homme, un vrai, un tatoué



Galleon vous place dans la peau de Rhama Sabrier, pirate de son état et grand amateur de grog frelaté. Naviguant sur les eaux à bord de son fidèle trois-mâts, c’est un aventurier pure souche, un mâle viril et transpirant comme on en fait plus. A la manière de son idole Steven Seagal, Rhama est un maître du kung-fu, ce qui n’est quand même pas du luxe pour se défendre contre les attaques de dorades géantes, et accessoirement pour péter la gueule aux traîtres qui menacent l’équilibre de ce monde parfait… Autant le dire tout de suite, le système de combats de Galleon n’est certainement pas son point fort. Imprécis et molasson, il agacera bien vites les impatients, tandis que les plus persévérants se contenterons d’executer machinalement les ennemis en attendant que ça se passe. Mais ce n’est finalement qu’un détail, car l’aventure proposée par Galleon ne repose vraiment pas sur ses combats, pas plus qu’elle ne repose sur… ses graphismes. Bon, je savais de toutes façons qu’il faudrait que je m’y colle un moment ou l’autre, donc autant expédier ça une bonne fois pour toutes. Oui, Galleon est gravement à la ramasse d’un point de vue technique. La modélisation est sommaire, les textures sont pauvres et les effets spéciaux sont ultra cheapos. Tout ça pour ça ? Pas vraiment… Car Galleon n’est pas très sexy, certes, mais ne vous a t-on donc jamais appris que la beauté intérieure était la plus importante ? Dans une industrie ou tous les regards sont tournés vers les scores de Benchmarks et les capacités graphiques de tel ou tel moteur, Galleon tombe mal, c’est une évidence. Dans le haut du panier sur Dreamcast, le jeu fait clairement pitié aujourd’hui, mais bordel de Zeus, laissez moi vous dire une chose : si les graphismes de ce jeu pouvaient refléter la qualité de son gameplay, nous nous trouverions face à la plus belle création video-ludique de ce nouveau siècle. Galleon est un jeu qui ne dit pas son nom, certes, et l’on serait tenté de s’arrêter sur ce descriptif technique accablant, mais cela serait passer à côté de sa quintessence, qui a bien plus à offrir que n’importe laquelle des dernières productions bump-mappés qui ne jurent que par leur plastique et oublient qu’un jeu, c’est d’abord et avant tout du fun.



Magic Rhama



En début de test, j’évoquais Tomb Raider. Si Galleon reprend quelques ficelles du hit de Core Design, il serait toutefois inexact de penser qu’il n’en est qu’une énième ressucée, et si l’on retrouve bien les puzzles et autres leviers caractéristiques de la série, la comparaison s’arrête là. Déjà, Galleon apporte de nombreuses idées intéressantes, comme une gestion des personnages secondaires astucieuse. En effet, sans les diriger dirèctement, les nombreux sidekicks de Galleon peuvent recevoir des ordres et aider Rhama a résoudre certaines énigmes (qui sont, rassurez vous, bien loin des vieux blocs à pousser dans Tomb Raider et autres Zelda). Et puis, en matière d’action-exploration, Galleon est simplement à des kilomètres des aventures de la mère Lara. Ici, le mot exploration prend enfin tout son sens : la simplicité des graphismes permet en effet d’afficher des zones immenses, level designées de main de maître, et les capacités physiques hors-pairs de Rhama insufflent au jeu un sentiment de liberté absolument jouissif. Les plaines verdoyantes s’étendent à pertes de vues, les falaises sont vertigineuses et petit à petit, on oublie la relative mediocrité des graphismes pour se laisser porter par les paysages gigantesques et joliment colorés du jeu. D’autant que le background, du scenario au character design, est vraiment réussi et unique en son genre. Rhama est un personnage au charisme fou et très attachant avec son humour de marin, son sourire colgate et ses manières de gentleman, et il en va de même pour tous les personnages du jeu. On peut dire et penser ce que l’on veut des créations de Toby Gard, mais force est d’avouer que ce gars là sait donner vie à des personnages passionnants et immédiatement accrocheurs. De même, tout le jeu est frappé par cette « patte » qui le différencie de n’importe quel autre production du même genre. Qu’il s’agisse de la modélisation des personnages, avec bustes de rugbymen et jambes de grenouilles, de la mise en scène soignée, des animations ultra travaillées ou même du gameplay, résolument à part, tout est fait pour vous immerger dans un univers original doté d’un caractère propre, et pour peu que l’on se laisse porter par l’histoire et la maniabilité à première vue déroutante, ça fonctionne.


Toutefois, il serait malhonnête de ma part de m’arrêter là car Galleon souffre, il faut bien l’avouer, de nombreuses imperfections plutôt honteuses pour un jeu en développement depuis plus de quatre ans.



Il est pas frais mon poisson ?!



Et ouais, c’est triste à dire mais Galleon souffre d’un manque flagrant de finition. Comprenez : y’a plein de bugs ! Cela va du plus bénin, comme des bras qui passent à travers les murs, à des choses plus inquiétantes, comme Rhama qui traverse soudainement le plancher et tombe hors de la map. Le genre de choses qui agacent. De même, il arrive que certaines surfaces escaladables fonctionnent mal lorsqu’on passe d’un mur à un plafond, et s’il suffit généralement de s’y essayer à nouveau pour franchir le passage, le problème est légèrement plus épineux lorsque ces surfaces se trouvent à 300 mètres du sol et que l’on doit se taper le chemin du retour… Sans parler de l’IA de Rhama qui ne fonctionne pas toujours très bien, comme par exemple lorsqu’il se met à marcher à quatre pattes en plein combat… Bref, vous l’aurez compris, Galleon est victime de son budget rachitique et de son équipe dénombrable sur les dix doigts de la main. Mais je tiens quand même à préciser que ces problèmes, s’ils sont réels et franchement agaçants, n’apparaissent pas de façon intempestive, et que cela n’entrave pas outre mesure le plaisir que l’on peut prendre à jouer au jeu, ou juste de temps en temps. Car ce que propose Galleon est si frais et si généreux que l’on aurait tort de s’en priver pour quelques lignes de code avariées.


C’est bien simple, Galleon est un jeu qui fait rêver, on sent la magie souffler dans les voiles du bateau de Rhama, on a envie d’avancer, d’en voir plus, d’aller plus loin, plus vite, plus haut. Galleon est un jeu qui propose une experience différente, inédite, et il a beau être parfois bancal, il a du charme, de la gueule, chose devenue presque marginale dans une industrie qui tend de plus en plus à l’uniformisation. Mais par dessus tout, Galleon respire l’amour de ses développeurs, le désir de créer et de partager quelque chose de différent, bref, une véritable envie vidéo-ludique, généreuse et naturelle. Rien que pour ça, pour cette flamme qui brûle et illumine ce jeu pas comme les autres, montez à bord et tentez le voyage. Vous n’allez pas en revenir.

Malgré ses nombreuses imperfections, Galleon est un jeu rare qui, si l’on se laisse porter par son souffle et sa magie, peut emmener loin, très loin… Coincé entre deux épisodes de GTA et autres Driv3r, qu’il est bon de se laisser aller à la houle des océans bleu roi de Galleon… Qu’il est bon de rêver, simplement de rêver…

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