Connexion
Pour récupérer votre compte, veuillez saisir votre adresse email. Vous allez recevoir un email contenant une adresse pour récupérer votre compte.
Inscription
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation du site et de nous vendre votre âme pour un euro symbolique. Amusez vous, mais pliez vous à la charte.
 
PREVIEW

The Path

ClémentXVII par ClémentXVII,  email  @ClementXVII
 
The Path est une réécriture du Petit Chaperon Rouge de Perrault. Dans sa version de l'histoire, point de bûcheron pour sauver l'héroine : sa désobéissance lui coûtera cher car elle termine son périple dans le ventre du loup. Dans le jeu de Tale of Tales, six filles devront se rendre, chacune à leur tour, à la maison de leur grand-mère, et ne quitter le chemin sous aucun prétexte ! Si par malheur elles le font, le loup les mangera.
Le but du jeu de The Path tient en quelque lignes : incarnant l'une des six filles rouges, il faut conduire notre jeune fille à la maison de sa mère grand, ce qui en soi n'est pas bien compliqué : le chemin qui mène à sa maison est tout droit. Sachant ce que risquent les jeunes filles qui se promènent seules dans la forêt, il vaut mieux éviter de quitter le chemin... mais où serait le fun de l'expérience? Après quelques minutes, vous arriverez saine et sauve à la maison ensoleillée de votre grand-mère et vous vous coucherez à ses côtés.

Reste sur le droit chemin



Tout l'intérêt de The Path est justement de braver l'interdit et d'entrer dans la forêt. Seulement, dès que l'on quitte le chemin ensoleillé, le destin de la jeune fille choisie est scellé : sa désobéissance lui sera fatale. Avant toute chose, je souhaite préciser que The Path est un jeu basé sur la découverte et l'expérience de jeu. Dans cette preview, je n'ai pas pu faire autrement que de dévoiler certains éléments clés du jeu, qui risquent de gâcher l'expérience. Si vous adorez les jeux-concepts, si vous êtes convaincus que le jeu vidéo peut être un art et si vous avez réfléchi un peu avant de décider du sort des petites soeurs dans Bioshock, ce jeu est fait pour vous, et je vous suggère de passer tout de suite à la conclusion pour ne pas gâcher l'élément de surprise. Vous pouvez aussi visiter les LiveJournal des six fillettes (Robin, Ginger, Rose, Ruby, Carmen et Scarlet) pour apprendre à les connaître. Et si, malgré votre intérêt pour le jeu et mon conseil ci-dessus, vous lisez quand-même ce qui suit, eh bien ce jeu - basé sur le contournement des règles - est vraiment fait pour vous !

The Path est une tragédie en six actes, actes qui se déclinent chaque fois en trois chapitres. Tout d'abord, il faut choisir une fille parmi les six filles rouges. Celles-ci sont entre l'enfance et l'âge adulte, chacune avec un idéal et des projets plein la tête (la petite Ginger, 11 ans serait plutôt un garçon manqué et adore grimper aux arbres, Ruby est gothique et Scarlet, l'ainée, est fascinée par l'art). Le second chapitre relate la promenade de la fillete, où chacune sera envoyée à sa perte parce qu'elle aura désobéi à sa mère. Ou plutôt parce que le joueur, sa conscience, l'aura fait quitter le droit chemin pour entrer dans la forêt.

C'est que, depuis le chemin, cette forêt semble terriblement accueillante: on distingue au loin ce qui ressemble à une plaine de jeux, ou bien serait-ce un cimetière ? Bah, je ne vais pas m'éloigner tellement, le chemin est juste là... il fait sacrément sombre dans cette forêt, elle est d'ailleurs tellement touffue qu'on n'y voit pas à vingt mètres... avançons encore un peu pour voir ce qui se trouve dans cette zone qui semble plus claire...

Et voilà comment cela se passe la première fois que l'on y entre. Un peu d'hésitation, une bonne raison de quitter la sécurité du chemin et en peu de temps, nous voilà perdus dans une forêt sans fin, sans aucune possibilité de retrouver le chemin qui nous mène chez mère-grand. La seule façon de sortir de la forêt est de rencontrer compère loup, bien que l'on sache que cette rencontre signifie la mort de la fillette que vous influencez. Pour terminer le jeu, il faudra envoyer chacune des filles se faire dévorer. En revanche, souvenez-vous bien de la morale du grand Charles (Perrault, hein, pas de Gaulle) :

On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.


Cette morale se ressent tout au long du jeu. Chacune des filles envoyées dans la forêt y rencontre "son" loup, qui n'est pas nécessairement le mammifère quadrupède que nous connaissons tous. Pour ne pas trop en dévoiler sur l'expérience du jeu, je ne vais pas trop m'attarder là-dessus, mais sachez que les rencontres avec le loup doivent être initiées par la fille. Elle peut tout à fait l'avoir repéré à l'avance et décider de continuer l'exploration de la forêt, car après que le loup l'ait "dévorée", le troisième acte commence.




Donc, en attendant, on peut explorer la forêt et espérer tomber sur l'une des trois zones spéciales parmi les six (telles que le cimetière, la plaine de jeux ou encore l'étang brumeux) de la forêt, ou ramasser l'un des objets perdus. Le fait de trouver ces éléments fera souvent réagir votre personnage, par le biais d'idées griffonnées à l'écran, ou par des images qui s'affichent en transparence. Il est donc tout à fait conseillé de traverser la forêt de fond en comble avant le face à face brutal, mais c'est à double tranchant : plus vous passez de temps avec la fille dans les bois, plus il sera difficile de l'envoyer à sa perte car, de par la façon dont elles sont modélisées et réagissent à l'environnement, on s'y attache bien vite, et ceux parmi vous qui ont essayé de terminer Portal sans détruire le Companion Cube savent de quoi je parle.


Ne parle pas aux inconnus



En fonction de la façon dont vous jouez, des indices peuvent apparaître à l'écran : si vous trouvez assez de fleurs, celles-ci peuvent vous indiquer la direction où se trouve le loup ou d'autres objets intéressants. Dans d'autres cas, il se peut qu'une carte apparaisse (légèrement brouillée) pendant quelques secondes à chaque fois que la fille à parcouru une distance de cent mètres,... Et puis il y a cette fillette en blanc que l'on aperçoit parfois entre les arbres... qui est-elle, que vient-elle faire dans cette forêt ? Et surtout : pourquoi semble-t-elle vouloir nous attirer de plus en plus profondément dans les bois ?

Enfin, après avoir été "dévorée" (ne vous attendez pas à voir la scène à l'écran, tout se passera dans votre tête), la jeune fille se retrouve sur le chemin menant à la maison de mémé, sous une pluie battante. En arrivant à destination, on se rend compte que celle-ci ne ressemble en rien à celle que l'on peut voire en temps normal, et donne l'impression d'être sortie tout droit d'American McGee's Alice ou de Beetlejuice. L'architecture des pieces vous donnera le tournis avec ses couloirs sans fin ou ces portes minuscules. Cette phase de jeu est ultra-linéaire, et est la seule partie du jeu qui est vue à la première personne. Pas à pas, vous guidez la fille le long des méandres de la maison (en fonction des objets ramassés dans la forêt, des pièces supplémentaires peuvent être débloquées, et votre périple en devient plus long), jusqu'à ce qu'elle arrive dans la chambre de la grand-mère. L'interprétation de la mort de la fille est laissée entièrement à l'appréciation du joueur à travers du jeu d'images et de sons qui sont présentés durant ce troisième acte. Ensuite, un écran de score est affiché, et on se retrouve au premier chapitre de l'acte suivant, où l'on choisira parmi les filles encore en vie laquelle ira réconforter mamie.

The Path est une expérience relativement unique. Tant sur le plan graphique que sur le plan sonore, tout contribue à instaurer une ambiance bien glauque, sans verser dans les hectolitres d'hémoglobine ou démembrements à tout va. L'ambiance est suggérée à travers une foultitude de détails. La forêt, actrice principale de cette tragédie, est si dense qu'on n'y voit qu'à quelques dizaines de mètres. De plus, quand la fille se met à courir, la caméra prend de la hauteur, ce qui réduit encore plus la visibilité. Franchement, quand on se balade dans cette forêt, on peut imaginer ce que ressentait le Petit Poucet quand il s'est rendu compte que les oiseaux avaient mangé les miettes de pain et qu'il était perdu.





Développé par Michaël Samyn et Auriea Harvey de Tale of Tales, ce jeu ne nécessite pas de réflexes aiguisés, ni d'être un pro de la gachette. Si la phase d'exploration dans la forêt peut faire penser à Shadow of the Colossus, ici nous ne dirigeons jamais le personnage directement mais incarnons plutôt sa conscience. Les seules choses que nous pouvons faire, c'est lui demander de se diriger quelque part ou d'interagir avec son environnement... tout au plus pourrons-nous retarder un peu le moment fatidique. Pourra-t-elle échapper à son destin ? Jamais. Elle n'avait qu'à rester sur le chemin.

Un savant mélange d'art et de jeu ?



The Path est un jeu très court. En quelques heures, vous aurez eu le fin mot des six histoires et beaucoup de sang sur vos mains. Bien que les animations des personnages soient parfois un peu rigides, on voit que Tale of Tales a consacré énormément d'effort à donner un caractère unique à chacune des filles. La petite Robin (9 ans) gambade joyeusement dans la forêt, alors que Ruby, la goth, traîne une de ses jambes à cause de l'attelle qu'elle porte.

Mais ce n'est pas la durée de vie de The Path qui importe. En effet, les émotions ressenties en jouant le jeu sont telles qu'il y aura certainement autant d'interprétations du jeu que de joueurs. Si vous avez besoin d'un exemple qui prouve qu'un jeu peut faire ressentir autant d'émotions qu'un bon bouquin, The Path est ce qu'il vous faut. En acceptant la ballade, vous allez vous poser beaucoup de questions, qui ne trouveront pas toujours des réponses. Mais qu'à cela ne tienne, peut-être en parlerez-vous autour de vous pour partager votre expérience. Seulement, pour profiter pleinement de The Path, il faut l'accepter tel qu'il est : une oeuvre artistique, et pas vraiment un jeu.

The Path sortira le 18 mars prochain, et sera vendu sur Steam, Direct2Drive, ainsi que sur le site web de Tale of Tales. En attendant la sortie, vous pouvez aller voir La Maison de Grand-Mère.

SCREENSHOTS

Rechercher sur Factornews