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Révisez vos fiches avant l'E3 : Microsoft

Nicaulas par Nicaulas,  email  @nicaulasfactor
 
L'E3 se rapproche à grand pas. Et si Factornews ne pourra s'y rendre, on ne vous a pas totalement oublié. Quels acteurs du marché seront présents, quels produits proposent-ils au joueur, quelles sont leurs situations financières et quels sont les enjeux de l'E3 pour eux ? Nous vous proposons une petite série d'articles pour défricher le terrain.
Il nous reste à aborder le dernier des gros constructeur de consoles, Microsoft.  L’américain est engagé dans une lutte mano a mano avec Sony depuis le milieu des années 2000. La 360 et la PS3 se sont tiré la bourre pendant 8 ans pour finir sur des chiffres de ventes très proches, et la One et la PS4 sont sorties quasiment en même temps. Une confrontation qui devrait se poursuivre dans les travées de l’E3.

Un acteur ancien

L’histoire de Microsoft est riche, ancienne, et passionnante à étudier. Elle dépasse largement le cadre du jeu vidéo, ayant grandement contribué à répandre l’informatique grand public. A l’origine, à la fin des années 70 / début des années 80, Microsoft  était sous-traitant des constructeurs de ce qui allait devenir les PC, et s’occupait de créer les couches logicielles nécessaires au fonctionnement des machines. Il est toutefois intéressant de noter que le jeu vidéo fait très rapidement son apparition parmi les activités de l’entreprise, puisque Microsoft Flight Simulator 1.0 sort en 1982, soit un an après la sortie du premier IBM PC équipé du premier OS made in Microsoft.  Bon après je ne suis pas en train de vous dire que Microsoft a été un gros éditeur de jeux dès le départ, d’autant plus que Flight Simulator était à l’époque vendu comme un logiciel (ça n’avait aucun sens de parler de jeu PC) et servait surtout de test de compatibilité pour les PC de l’époque. Mais quand le jeu vidéo est apparu, Microsoft était déjà là.
 
De nos jours, Microsoft vend des tas de trucs différents, pour beaucoup des solutions logicielles destinées aux professionnels et au grand public, mais également un peu de matos comme sa tablette Surface et, ce qui nous intéresse un peu plus, ses consoles Xbox dont la vente est géré par la section « Home and Entertainment » (H&E) de l’entreprise. Microsoft s’est lancé dans l’aventure des consoles de salon en 2001 avec la Xbox (25 millions d’unités vendues), suivie en 2005 par la 360 (toujours commercialisée, plus de 80 millions d’unités vendues), et désormais la One (5 millions de consoles distribuées dont environ 4.5 millions auraient trouvé preneur). Le premier pack était vendu d’office avec Kinect pour 499 eurodollars, et à partir du 6 juin vous pourrez vous procurer un pack sans Kinect pour 399 eurodollars.
En plus des jeux, la console propose des services comme l’accès payant au Xbox Live, la capture vidéo des parties ou encore le cloud gaming. Pour alimenter sa console en jeux exclusifs, Microsoft fait comme Sony : d’une part des contrats de sous-traitance  avec des studios externes, d’autre part une multitude de studios internes regroupés sous la bannière de Microsoft Studios.  Parmi les grosses licences exclusives sur consoles, on citera Forza, Halo, Dead Rising ou Gears of War, tandis que sur PC on parlera (encore) de Flight Simulator et Age of Empire. A noter également que pour accompagner son OS mobile, Windows Phone, Microsoft essaye d’alimenter les matériels concernés avec des jeux, mais il n’y a pas d’exclus à proprement parler, les jeux en question se trouvant également sur iOS et Android.

Frères ennemis

En termes de concurrence, vous êtes priés de vous reporter au paragraphe « Un media center parmi d’autres » de notre fiche sur Sony, et d’inverser les rôles. Il ne s’agit pas (seulement) de fainéantise de ma part, simplement Sony et Microsoft se sont placés en concurrence frontale dès que Microsoft est entré sur le marché, et les deux groupes ont pris le même virage des mass media vers le milieu-fin de vie des consoles de la génération précédente. La comparaison est d’autant plus évidente que Microsoft, comme Sony, tente de développer des synergies entre ses produits.

Une précision supplémentaire s'impose tout de même. Comme Sony, Microsoft est dans une phase de transition, matérialisée par un changement récent de PDG. Microsoft tire ses revenus de cette fameuse synergie : faire en sorte qu'il y ait des ordinateurs partout, et que sur chacun de ces ordinateurs se trouvent une copie de Windows. Quitte à faire de la vente liée au maximum, avec des suites logicielles, des services aux entreprise, des services en ligne, etc. Le souci, c'est que cette position dominante est perpétuellement remise en cause, soit par d'autres entreprises, soit carrément par des autorités publiques de régulation de la concurrence (en Europe, notamment). Donc, il faut trouver de nouveaux leviers de croissance au cas où.

La Xbox ou le Windows Phone ont été pensés dans cette optique. Mais si la division H&E n'a pas à rougir de ses résultats (voir plus bas), elle ne représente "que" 15 % du chiffre d'affaires sans réussir à décoller. On n'est donc pas certain de ce que veut faire Microsoft à moyen et long terme : mettre encore plus de billes dans H&E pour forcer la décision ? Réduire la voilure pour se concentrer sur autre chose ? Plus de 10 ans après son arrivée sur le marché, le jeu vidéo sur consoles reste un produit dilemne pour  Microsoft.

Un géant économique

Si on prend en compte la totalité de ses activités, Microsoft est un mastodonte qui a généré près de 78 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2013, pour un bénéfice net atteignant presque les 22 milliards de dollars. Pour vous donner un ordre d’idée, le bénéfice net de Microsoft permettrait de combler (et largement) le déficit annuel de la Sécurité Sociale. Ceci étant dit, on s’intéresse ici au jeu vidéo, dont les résultats sont inclus dans la branche H&E. En 2013, cette branche a généré un peu plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, ce qui en fait le quatrième moteur de croissance de l’entreprise, derrière la « Windows Division » (systèmes d’exploitation, environ 18.5 milliards), « Server and Tools » (environ 20 milliards) et la « Microsoft Business Division » (services aux entreprises, presque 25 milliards).

Même si la branche H&E embarque également les Windows Phone, et qu’on ne peut donc pas comparer directement ses résultats à ceux des autres acteurs du secteur, on rappellera qu’en 2013, Activision c’est 4.3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, Nintendo un peu plus de 5 milliards, et qu’il a fallu le succès phénoménal de la Wii et de la DS pour que Nintendo engrange un chiffre d’affaires annuel équivalent (entre 2008 et 2011, avec des pointes à plus de 15 milliards de dollars en 2008 et 2009).

« La Xbox One n’existe pas »

Vous avez difficilement pu passer à côté, la récente vidéo d’undropdanslamare est revenue assez pertinemment sur la Xbox One, en tentant d’expliquer pourquoi  Microsoft avait autant tâtonné dans les derniers mois avant le lancement de la console, avec de mini-crises de communication (Le always online ? « Deal with it »), et pourquoi ils en sont réduits à revenir sur la vente liée de Kinect. Pour faire court : le concept initial de la One, qui était un media center fonctionnant uniquement avec du dématérialisé et embarquant Kinect comme avantage comparatif, s’est progressivement dilué jusqu’à disparaître, suite à des rétropédalages successifs de Microsoft, le premier étant le rajout d’un lecteur optique.Si je suis assez d’accord avec l’analyse, j’ajouterais deux éléments.
 
 Premièrement, si l’un des fondements de la One était de ne pas avoir de lecteur optique, et que Microsoft est revenu dessus en pensant faire du pre-damage control, c’est que le concept était pourri à la base, et que la One n’a jamais existé du tout. Pour être plus précis, la One représente la console idéale pour Microsoft : un media center permettant d’entretenir une synergie entre plusieurs de ses produits, et alimentée en contenus uniquement dématérialisés coupant l’herbe sous le pied aux pirates et à l’occasion. Mais la console idéale pour Microsoft, n’est pas nécessairement la console idéale pour les joueurs, qui veulent surtout de bons jeux, variés, avec des services annexes comme le jeu en ligne, et auxquels ils peuvent jouer sans avoir l’impression qu’on leur force la main en quoi que ce soit.
Et j'ajouterais également que la levée de bouclier face à l'absence de lecteur optique semblait plus venir des magasins que des joueurs. Donc, la One n’a jamais vraiment existé que comme concept dans les rêves de Microsoft, et il me semble  pour le moins surprenant que ses concepteurs aient pu imaginer une seule seconde que c’est la réalité qui se conformerait au concept, et non l’inverse.

Deuxièmement, à partir du moment où le concept originel de la One est définitivement écarté, et qu’il ne reste qu’une console « classique » techniquement assez proche de sa concurrente bien que plus faiblarde, il me semble que la situation se simplifie grandement pour Microsoft. Puisque si les rétropédalages successifs ont concerné principalement la partie gaming de la One, il reste la partie media center. Kinect ou pas, lecteur optique ou pas, rien n’empêche Microsoft de continuer à proposer ce qu’il propose déjà depuis la 360 : des abonnements à des bouquets de chaînes télés, des partenariats pour la diffusion d’évènements sportifs, etc. Et, en ce qui concerne la partie gaming, il ne reste plus, si je puis dire, qu’à alimenter la console avec des jeux pour tenir tête à la PS4. Bien sûr, il reste un écart technique, mais si les joueurs consoles voulaient un framerate de compèt’ ils joueraient sur PC, et malgré des performances parfois nettement inférieures à la 360 sur certains jeux, la PS3 n’a eu aucun problème pour se vendre sur le long terme. Or, à l’heure actuelle, l’écart de ventes semble se creuser nettement à l’avantage de la PS4, qui d’ici la fin de l’été pourrait afficher des chiffres deux fois supérieurs à ceux de la One.

On ménage ses effets ?

Du coup, annoncer des jeux semble être la priorité  pour Microsoft. Pour ça, deux conditions : qu’ils aient conscience que c’est désormais par ses exclus que la console pourrait se vendre, et bien évidemment qu’ils aient quelque chose sous le coude. Sur ce point, Microsoft est resté très discret, se contentant d’annoncer qu’on aurait droit à du contenu détaillé des jeux annoncés précédemment, et des trailers de titres à venir pour 2014 et au-delà. Il n’en fallait pas plus pour que les rumeurs et les leaks fleurissent, notre méthode pour créer son propre leak chez soi faisant visiblement des émules. Alors, en vrac, ça parle d’un Ryse 2, d’un Fallout, d’une date pour Halo 5, d’un reboot de Perfect Dark inspiré d’Uncharted (ça c’est sans doute une connerie mais ça me fait beaucoup rire), de Quantum Break, d’une grosse exclu d’un éditeur tiers, de quelques exclus moins frappantes (Fable, Gears of War), et enfin de la pelletée de jeux communs aux conférences des constructeurs et des éditeurs (avec Ubisoft aux première loges).

Il faut dire que, depuis l’annonce de l’abandon de la vente liée de Kinect, Microsoft fait vraiment profil bas sur le jeu vidéo, comme s’il ménageait ses annonces. Si tant est que les annonces en question soient un minimum marquantes, c’est une bonne option, qui permet d’en augmenter l’impact en donnant l’impression qu’elles sortent de nulle part, qu’elles sont à elles seules un évènement. Une option qui plus est différente de ce qui est devenu la norme pour la plupart des acteurs du secteur, qui ont abandonné l’idée de maîtriser totalement les fuites d’informations jusqu’à l’E3, et préfèrent échelonner les annonces dans le temps quitte à garder des éléments concrets pour le salon. S’il y a vraiment de grosses exclus en attente, il reste encore quelques jours à tenir pour les garder au chaud, et tenter de voler la vedette à Destiny.

Retrouvez nos autres fiches : Nintendo, Activision, SonyUbisoft et Electronic Arts.
Redevenue une console, la One attend des exclus pour refaire son retard avant qu’il ne soit trop tard.